Santé des personnes âgées de 65 ans et plus

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L’essentiel

Au cours de la dernière décennie, l’espérance de vie des personnes âgées de 65 ans et plus a progressé en moyenne de un à deux mois par an, et elle dépasse actuellement dans la région 19 ans pour les hommes et 23 ans pour les femmes. En lien avec cette augmentation, mais aussi avec l’avancée en âge des générations du baby-boom et les migrations en Pays de la Loire à l’âge de la retraite, le nombre de personnes âgées et notamment très âgées devrait continuer à progresser dans les années qui viennent, de même que leur poids dans la population totale. Selon les projections démographiques à l’horizon 2027, l’effectif des Ligériens âgés de 65 ans et plus devrait progresser de plus de 40 % entre 2012 et 2027, leur part dans la population totale passant de 18 à 21 % sur cette période. L’évolution serait encore plus forte pour les personnes très âgées, avec un quasi-doublement des effectifs de personnes de 90 ans et plus. Au-delà de cet horizon, l’augmentation du nombre de personnes très âgées s’accélérera avec l’arrivée à l’âge de 80 ans entre 2026 et 2054 des générations du baby-boom, nées entre 1946 et 1974.
En lien avec l’augmentation de la longévité, les personnes âgées constituent une population de plus en plus hétérogène, les besoins des jeunes retraités n’ayant rien de commun avec ceux des personnes de plus de 85 ou 90 ans. Actuellement, jusqu’à l’âge de 95 ans, la majorité des personnes âgées vivent à domicile. Elles y sont le plus souvent seules au-delà de 80 ans. L’âge moyen d’entrée en institution augmente et avoisine 85 ans au plan national en 2011. En Pays de la Loire, 11 % des personnes de plus de 75 ans vivent en maison de retraite ou en Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ce taux, parmi les plus élevés des régions françaises, est stable depuis 2009 alors que la proportion de personnes dans cette tranche d’âge augmente. Cette tendance à privilégier autant que possible la vie à domicile devrait se poursuivre dans les années qui viennent. Dans ce contexte, l’adaptation des logements aux besoins des personnes vieillissantes, mais aussi des quartiers, des villes, des services, pour qu’ils offrent sécurité et qualité de vie, qu’ils favorisent la mobilité, le lien social, la mixité générationnelle constitue donc un enjeu majeur pour notre société.
Dans la population âgée, les maladies chroniques sont particulièrement fréquentes. Ainsi, près de la moitié des Ligériens de 65 ans et plus sont actuellement reconnus par l’assurance maladie comme atteints d’une affection de longue durée (ALD) en raison d’une maladie nécessitant un traitement long et coûteux. Cette proportion atteint 59 % chez les personnes âgées de 75 ans et plus et 74 % chez celles de 90 ans et plus. L’une des caractéristiques de la santé des personnes âgées est la fréquence des situations de multi-morbidité, dont la prise en charge est complexe, avec des exigences en particulier en termes de coordination des différents professionnels de santé, et des risques en termes d’interactions médicamenteuses.
Les déficiences liées à ces affections chroniques mais aussi au vieillissement peuvent toucher les fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques des individus. De plus en plus fréquentes et associées avec l’âge, elles génèrent progressivement des limitations d’activité et de participation sociale, voire une perte d’autonomie. Actuellement, les Pays de la Loire comptent au moins 75 000 personnes âgées dépendantes, et à l’horizon 2030, ce nombre dépasserait 100 000. D’où l’enjeu du développement de mesures et de dispositifs permettant le repérage des situations de fragilité, afin d’identifier les personnes âgées à risque d’entrée dans la dépendance et susceptibles de bénéficier d’interventions de prévention du déclin fonctionnel et d’une prise en charge adaptée précoce.
La proportion régionale de personnes âgées dépendantes vivant à domicile est nettement plus faible que la moyenne nationale. Ainsi, sur les 64 000 Ligériens bénéficiant de l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa), 41 % vivent à domicile contre 58 % au plan national. Si l’on considère les personnes les plus dépendantes, en Gir 1 et en Gir 2, respectivement 4 % et 21 % vivent à domicile dans la région, soit des proportions très inférieures à la moyenne nationale (respectivement 13 et 35 %).
Les personnes âgées mobilisent fortement le système de soins, en ville comme dans les établissements de santé.  Les professionnels soignants de ville jouent un rôle essentiel dans la prise en charge des personnes âgées, et leur activité auprès d’elles est essentielle pour limiter le recours aux hospitalisations non programmées, ainsi que pour permettre la vie à domicile. Globalement, 15 % des actes de médecins généralistes libéraux, 23 % des actes de kinésithérapie et 59 % des actes de soins infirmiers concernent des personnes âgées de 75 ans et plus, alors qu’elles ne représentent que 10 % de la population régionale.
Par contre, alors que les besoins de soins buccodentaires des personnes âgées sont importants, et que les troubles dans ce domaine constituent un facteur de risque de dénutrition et altèrent souvent la vie sociale, le recours aux chirurgiens-dentistes ne progresse pas avec l’âge. De même, la prise en charge de la déficience auditive reste insuffisante, en lien notamment avec des restes à charge élevés.
Enfin, les altérations cognitives des personnes âgées sont largement sous-diagnostiquées et donc insuffisamment prises en charge sur le plan thérapeutique, alors qu’elles sont souvent en cause dans les chutes, la dénutrition, les problèmes sociaux et sont susceptibles de prolonger la durée des séjours hospitaliers.
Les passages aux urgences des personnes âgées sont fréquents, avec un taux de recours qui avoisine 360 pour 1 000 personnes de 75 ans et plus et 630 pour 1 000 personnes de 90 ans et plus. Le taux d’hospitalisations après ces passages atteint 61 % chez les 75 ans et plus et 67 % au-delà de 90 ans.
Avec ou sans passage aux urgences, 36 % des Ligériens de 75 ans et plus sont hospitalisés en service de médecine-chirurgie-obstétrique (MCO) au moins une fois dans l’année. Au cours des années récentes, le taux comparatif de personnes âgées hospitalisées au moins une fois dans l’année en MCO a eu tendance à augmenter, témoignant de pratiques de soins de plus en plus actives vis-à-vis de cette population, mais aussi peut-être d’une évolution des prises en charge ambulatoires. Cette augmentation, conjuguée aux effets du vieillissement démographique, induit une augmentation de la part des personnes âgées dans les files actives hospitalières de MCO. Ainsi en 2015, 23 % des séjours et 41% des journées en MCO concernent des personnes âgées de 75 ans et plus, contre 21 et 38 % en 2009.
Les statistiques relatives aux ALD, aux hospitalisations en MCO, et aux causes médicales de décès, permettent de décrire les problèmes de santé les plus fréquents et les plus graves des plus de 65 ans.
Chez les 65 à 74 ans, les maladies cardiovasculaires et le diabète sont à l’origine de 49 % des admissions en ALD. Le poids de ces affections dans la mortalité est encore modéré à cet âge (19 %), mais la prévention de leurs facteurs de risque (alimentation, sédentarité) et de leurs complications est alors essentielle pour préserver la santé physique et fonctionnelle des années à venir, et réduire les coûts liés aux complications.
Les cancers sont, par contre, à l’origine de la moitié des décès des 65-74 ans avec notamment un poids important des décès par cancers du poumon et du foie chez les hommes, du sein et du côlon-rectum chez les femmes. Les enjeux en termes de prévention primaire (alcool et tabac) et de dépistage (sein et côlon-rectum) sont donc très forts, pour cette classe d’âge comme pour celles qui précèdent.
À partir de 75 ans, les maladies cardiovasculaires deviennent prépondérantes. Elles constituent la première cause d’admissions en ALD, d’hospitalisation en MCO et de mortalité des Ligériens de 75 ans et plus. La morbimortalité liée aux cancers reste également très importante après 75 ans, le cancer de la prostate et le cancer colorectal voyant notamment leur poids augmenter dans la mortalité. L’augmentation attendue du nombre de cancers chez les personnes âgées, en lien avec le vieillissement de la population, nécessitera une adaptation des prises en charge, en raison notamment des risques majorés de complications thérapeutiques.
Les troubles mentaux et du comportement apparaissent de façon marquée à partir de 75 ans. Chez les 75-89 ans, 4 % des Ligériens sont en ALD pour maladie d’Alzheimer ou autre démence, et cette proportion atteint 13 % au-delà de 90 ans.
Les chutes, dont les systèmes d’information ne permettent pas d’apprécier l’importance dans la morbimortalité des personnes âgées, sont une source majeure de fragilisation et de perte d’autonomie dans cette population. Chez les 75 ans et plus, la proportion de personnes hospitalisées au moins une fois dans l’année pour fracture du col du fémur - pathologie qui constitue l’un des marqueurs de la morbidité par chutes des personnes âgées - a diminué de 1,6 % par an dans la région entre 2009 et 2015. Par contre, sur cette période, la mortalité par chute des 75 ans et plus est restée globalement stable.
Enfin, nombre d’hospitalisations des personnes âgées visent à limiter les conséquences fonctionnelles du vieillissement, notamment à travers la chirurgie orthopédique (arthrose de la hanche et du genou en particulier) et celle de la cataracte, et contribuent au maintien de l’autonomie et de la qualité de vie des personnes âgées.
Dans les années qui viennent, eu égard aux évolutions démographiques de la population âgée et de l’importance de ses besoins de soins et d’accompagnement, et dans un contexte marqué par des tensions sur les effectifs médicaux et en particulier sur ceux des médecins généralistes, une adaptation majeure des pratiques et de l’organisation du système de santé et médicosocial apparaît indispensable à anticiper.

Quid

Auteurs
Dr Anne Tallec, Sandrine David, Dr Jean-François Buyck avec la contribution du Pr Gilles Berrut (CHU Nantes)
Financement
Étude cofinancée par l’Agence régionale de santé et le Conseil régional des Pays de la Loire. Réalisée en particulier à la demande de l’ARS, dans le cadre du Projet régional de santé 2018-2022
Citation suggérée
ORS Pays de la Loire. (2017). Santé des personnes âgées de 65 ans et plus. In La santé des habitants des Pays de la Loire. pp. 119-156.

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